Agents conversationnels et gestion prédictive des stocks : les usages concrets de l’intelligence artificielle se multiplient dans le commerce. Ils promettent un gain de temps réel et une meilleure connaissance du client.
En 2025, 26% des TPE et PME françaises déclarent utiliser au moins un outil d’intelligence artificielle, contre 13% un an plus tôt, selon le baromètre France Num. Le taux a donc doublé en douze mois. Mais derrière cette progression rapide, l’écart entre les plus petites structures et les entreprises mieux dotées ne cesse de se creuser. Faut-il donc parler d’une adoption générale, ou d’une fracture qui s’installe ?
Un doublement de l’usage qui se confirme, mais des écarts qui persistent
La 5e édition du baromètre France Num, publiée en septembre 2025 par la Direction générale des entreprises, confirme cette accélération. Sur 11 021 entreprises interrogées, le taux d’usage de l’intelligence artificielle atteint 26% tous secteurs confondus, contre 13% dans l’édition précédente.
Ce taux grimpe à 34% chez les PME, contre un niveau nettement plus bas chez les plus petites structures. Les écarts sectoriels restent marqués aussi : le numérique dépasse 40% d’adoption, quand l’agriculture reste sous la barre des 10%.
Certains secteurs proches du commerce de proximité accusent également du retard. L’hébergement-restauration affiche un taux de 20%, malgré une progression de 12 points en un an. Le rattrapage est engagé, mais le secteur reste sous la moyenne nationale.
Pourquoi les petites structures restent à la traîne
Cette fracture s’explique en partie par la nature des usages. Dans les TPE de moins de dix salariés, l’intelligence artificielle reste le plus souvent individuelle et opportuniste, utilisée au coup par coup plutôt qu’intégrée à une véritable stratégie.
Dans les PME, à l’inverse, l’IA devient progressivement un outil de pilotage, pensé pour améliorer la performance globale de l’entreprise plutôt que pour résoudre une tâche isolée.
Le réseau des chambres de commerce et d’industrie confirme ce constat sur le terrain. Beaucoup de commerçants peinent encore à identifier un cas d’usage pertinent, ou à trouver, une fois l’idée trouvée, les compétences internes pour la mettre en œuvre.
Face à ces blocages, les CCI ont lancé en 2025 une opération de sensibilisation auprès de 20 000 entreprises, en partenariat avec la Direction générale des entreprises et France Num.

Des usages concrets, déjà à portée de main
Le guide publié par la Direction générale des entreprises et le Conseil national du commerce détaille plusieurs cas d’usage très concrets. Chacun répond à un besoin quotidien, sans exiger de compétences techniques poussées.
- Un agent conversationnel ou un outil de traitement du langage, pour absorber les demandes clients et fluidifier le parcours d’achat.
- Des recommandations personnalisées, construites à partir de l’historique et des préférences de chaque client.
- Une gestion prédictive des stocks, capable d’anticiper la demande et de limiter les ruptures.
- La génération automatique de fiches produits ou de visuels, pour gagner du temps sur la création de contenu.
Ces usages ont un point commun. Ils s’appuient sur des outils déjà disponibles, souvent à faible coût d’entrée, ce qui explique en partie la progression rapide observée depuis un an.
Le vrai enjeu se joue avant la caisse
Pour Olivia Stoeux, spécialiste données chez Valiuz, la distribution se trompe encore de priorité. L’essentiel des investissements en IA se concentre sur la relation client et la personnalisation, au détriment des achats et de la logistique.
Or, selon elle, c’est justement en amont que se joue la vraie performance économique. Le choix des matières premières et l’anticipation des cycles d’approvisionnement restent encore peu outillés par des modèles prédictifs robustes.
Même le magasin physique change de statut. Grâce à l’IA, il devient un espace que l’on peut simuler avant de le transformer, en testant une implantation ou en anticipant l’effet d’une décision de marchandisage.
Par où commencer ?
L’accompagnement existe et il est accessible. Le réseau des chambres de commerce et d’industrie propose un premier échange gratuit avec un conseiller, pour identifier le cas d’usage le plus adapté à son activité.
Beaucoup de dirigeants se tournent d’ailleurs naturellement vers leur expert comptable pour être conseillés, plutôt que vers un prestataire technique inconnu. Ce réflexe, déjà bien ancré, reste un point d’appui sous exploité.
La question n’est donc plus de savoir si l’intelligence artificielle concerne le commerce de proximité. Elle concerne déjà une entreprise sur quatre. La vraie question, c’est celle du point de départ. Les solutions de formation du dirigeant sur le sujet restent un point de bascule stratégique.